25/06/2008

 

Mais que j’aime mon bouquiniste ! En papotant avec lui, ce midi, je lui ai demandé si il n’avait rien de drôle à me conseiller. Comme il connaît bien mes goûts, il s’est levé de son petit bureau où il restaure amoureusement les livres et il est allé me chercher trois petits volumes de lettres d’Ernestine Chasseboeuf. Lorsqu’il a prononcé ce nom, j’ai pensé à une blague. J’ai parcouru les volumes et je daigne, non sans mal, lever le nez de cette lecture succulente pour vous faire part de tous les éclats de rire que j’ai du contenir depuis que je suis rentrée au bureau. C’est qu’elle y va la Ernestine ! Agée de 89 ans dans le premier recueil de lettres, elle écrit à tout le monde, sur tous les sujets et sans prendre de gants. Cela va de la lettre à la pharmacie de garde à celle adressée à Noël Mamère, des réclamations au directeur des Editions Gallimard à la lettre à France télécom et j’en passe.

Sous une naïveté et une candeur admirable, cette nonagénaire dénonce pas mal des travers de notre société et ne se prive pas pour dire ce que beaucoup pensent tout bas.

 

Un petit extrait pour vous mettre l’eau à la bouche ?

 

Madame Ernestine Chasseboeuf

49320 Coutures

                                                                                                  Le 10 mai 1999

 

A Monsieur Philippe Val

de Charlie-Hebdo

  

            Monsieur,

  

            Je vous en veux beaucoup d’avoir fait pleurer mon vieux copain le facteur-poète Jules Mougin en écrivant des âneries dans votre journal numéro 358. Il me l’a fait lire, c’est vrai que ça surprend de voir ça écrit par vous : Dire non à la guerre ne veut rien dire, on est obligé de faire la différence entre les guerres… J’ai l’habitude de lire votre journal, mon voisin me le passe quand il l’a fini. Vous devriez arrêter d’écrire pendant un moment, vous devez être fatigué, ou alors écrivez dans Le Monde, il paraît que le patron est un marchand d’armes, il refuserait pas de vous embaucher. On peut quand même pas écrire et chanter contre les militaires pendant 20 ans pour aller leur lécher le cul à la première occasion.

            Je continuerai à lire votre journal puisque je l’achète pas et en plus heureusement y en a encore là-dedans qui pensent pas comme vous. Prenez quand même pas Bigeard comme rédacteur en chef adjoint, sinon je le lis plus du tout et comme je le passe à d’autres après moi, ça vous ferait des lecteurs en moins.

            Si vous décidez de vous reposer pour réfléchir un peu, vous aller vous ennuyer, alors je vous envoie un modèle de cagoule à tricoter pour les aviateurs américains, vous êtes le troisième à qui j’en envoie après Noël Mamère et la Sarôte qui dit des conneries plus grosses qu’elle le midi chez Ruquier. Faites bien attention où c’est écrit AVIS IMPORTANT, si les trous sont pas en face des yeux, pourrait y avoir des bavures et vous seriez responsable de ça aussi,

 

            Bonnes vacances,

 

            Ernestine Chasseboeuf

 

Si cela vous intéresse, la correspondance de feue Ernestine est publiée à Paris chez Gingko éditeur :

Volume II :1999, paru en 2004

Volume II : 2000-2003, paru en 2004

Volume III : 2000-2005, suivi de L’Anthologie de la poésie jardinière et primesautière tout à la fois et du Glossaire en patois des Troglodytes-du-Dessous, paru en 2005 

Madame Chasseboeuf est également l’auteure de La brouette et les deux orphelines. Correspondances sur le droit de prêt en bibliothèque, Vauchrétien : I. Davy ; Angers : Éd. Deleatur, 2000.

 

La question que l’on est en droit de se poser est : Mais qui se cache derrière le pseudonyme d’Ernestine Chasseboeuf ? Celui ou celle qui a la réponse à cette question se verra gratifié de ma reconnaissance éternelle.

15:24 Écrit par Woman in anger dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

24/06/2008

 

Retour au bureau et rien de neuf sous le soleil. Pas plus de travail qu’avant mon départ et cela va probablement continuer pendant tout l’été. Certains me disent : « Ne te plains pas. Au moins, tu peux te reposer pendant la journée ». J’avoue avoir du mal avec ce type de phrase.
Je me sens parfois mal de toucher ma paie de fin de mois en pensant au travail que je n’ai pas abattu, faute de travail. Je ne peux m’empêcher d’avoir une pensée pour mon père, ouvrier, qui travaillait dans des conditions de merde, par tous les temps, pour un salaire de misère. Il était obligé d’avoir un travail complémentaire afin que nous ne manquions de rien, ma mère, mon frère et moi. Je ne me souviens pas l’avoir entendu se plaindre une seule fois. Je réalise que mon père est un seigneur et qu’il est bien plus riche que beaucoup de nantis.
Je ne gagne pas de l’or en barre, loin de là. Je me dis seulement que si je devais être payée à la tâche réelle effectuée, et bien, cela ne contribuerait même pas à payer mon loyer…

Je ne sais pas si certains d’entre vous connaissent ce sentiment de quitter leur bureau déprimés de n’avoir rien fait de leur journée. J’effectue un tas de choses pendant ces 7h30 mais rien en relation avec ce pour quoi je suis engagée. Je pense aux études que j’ai faites et je peste contre le gaspillage de compétences, d’enthousiasme, d’énergie que j’expérimente tous les jours, contre ce sentiment d’inutilité qui m’envahit de plus en plus. Nous pourrions construire tellement de choses, développer des projets, mettre en oeuvre des tas d’activités. Pour cela, il faudrait que certains aient un peu de lucidité et nous écoutent lorsque nous dénonçons la situation. Tout le potentiel est là. Il n’est simplement pas utilisé et en qualité de petit personnel de merde, notre parole n’a pas beaucoup d’intérêt.

"Mais, me dira-t-on, tu as un travail et un salaire. Estime-toi contente". Je  serai contente lorsque j'aurai réellement du travail et que je pourrai sentir une saine fatigue en sortant du bureau.

Je sais que je ne devrais pas me plaindre. Je ne me plains pas. J’effectue simplement le constat froid d’une situation absurde. Des êtres travaillent comme des malades pour presque rien et d’autres, dont je fais malheureusement partie, ne foutent rien et sont gratifiés d’un salaire décent à la fin du mois. Même si je ne suis pas responsable de cette situation, je peux vous dire que je ne me sens pas fière.
Enfin, une lueur d’espoir se profile à l’horizon… D’ici je ne sais quand, les choses devraient changer. En attendant, je m’en vais aller travailler à la retouche de mes photos.
Bonne journée à vous.

11:34 Écrit par Woman in anger dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

23/06/2008

Back to reality

 
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C’est beau, le Verdon, sous la pluie. Même si j’avais soif de soleil et de lumière, je dois avouer que la météo écossaise auquel nous avons eu droit pendant nos vacances comporte certains avantages :

-         Peu, très peu de touristes. Cela permet de ne pas transformer son véhicule en un grain de chapelet de voitures et de se rendre assez rapidement d’un point à l’autre.

Cela permet aussi de prendre des photos sans devoir attendre sans arrêt que des intrus ne viennent envahir votre champ de vision.

-         La surprise totale. Ce que nous avons vu ne ressemble en rien aux images traditionnelles que l’ont vous montre du Verdon sous le soleil. Des sommets rocheux nimbés de brumes, des couleurs parfois fantomatiques, des paysages ressemblant plus à certaines estampes chinoises ou à ce que mon imaginaire a toujours rêvé de l’Ecosse qu’à la Provence ensoleillée où chantent les cigales et où l’on s’attarde autour d’un pastaga.

Et puis, la vision surréaliste de cimes d’arbres pointant le bout de leurs feuilles hors du lac, de bateaux gisant sous l’eau turquoise et limpide du lac Sainte-Croix, de routes qui doivent conduire à ses villages engloutis lors de l’inondation de la vallée, en 1973…

Il paraît qu’au printemps, lorsque le niveau des eaux du lac est au plus bas, on peut apercevoir le vieux clocher d’un de ces villages pointer sa flèche hors des eaux et se rappeler à la mémoire des passants.

-         Des parfums de terre et de végétation mouillées, des animaux sauvages peu ennuyés par la présence humaine, une nature belle, sauvage et préservée. Un espace calme, tellement calme où la seule pollution sonore nous est imputable.

J’ai fait le plein de vert, d’odeurs, de sensations, d’images, de souvenirs. Une partie de moi se sent apaisée après cette immersion dans la nature.

 

Le retour à ma forêt de bitume n’en est que plus difficile. Un jour, je quitterai la ville, ses sirènes et ses lumières qui vous cachent les étoiles. Un jour, je retournerai à la campagne. C’est là que se trouvent mes racines. Pas sous des fondations de béton.

14:40 Écrit par Woman in anger dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |